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Et demain...qu'est-ce qu'on mange? Table ronde sur l'agroécologie

  • 5 nov. 2025
  • 11 min de lecture

Dernière mise à jour : 2 févr.

L'association Cugnaux en transition a organisé une table ronde le 24 janvier 2026 de 17h à 20h, salle Albert Camus à Cugnaux : "Et demain...qu'est-ce qu'on mange?"



Fort·e·s des deux dernières Tables Rondes organisées en Janvier 2025 sur le réchauffement climatique  et les conséquences de +4°C,  et en Novembre 2024 sur l’eau, nous avons organisé une table ronde autour de l’agro-écologie, et les conséquences du changement climatique sur le monde paysan et sur notre alimentation.  


Contexte


Parce que manger est un des plaisirs de la vie et qu’une bonne alimentation est synonyme de bonne santé,  il est important de réaliser que le contenu de nos assiettes est issu essentiellement des élevages et de la culture de la terre. Le monde paysan nous nourrit, mais il doit faire face à de nombreux défis qu’ils soient économiques, sanitaires ou climatiques.


Or de nos jours, les tensions autour de l’agroécologie s’intensifient, avec l’émergence de discours remettant en cause les politiques environnementales. La transition vers des pratiques agricoles durables n’est pas seulement nécessaire pour le climat, mais aussi pour la résilience économique des exploitations agricoles et la sécurité alimentaire.  L’utilisation de pesticides et autres produits issus de la chimie ont de graves conséquences sur notre santé et celle des agriculteurs.


Qui plus est, dans un contexte marqué par la désinformation et l’urgence alimentaire, 

les agriculteurs sont aujourd’hui pris entre deux feux : d’un côté, la pression pour réduire leur impact environnemental, de l’autre, les critiques croissantes envers les normes écologiques perçues comme trop coûteuses ou inefficaces. Pourtant, l’agroécologie offre des solutions pour concilier performances économiques et respect de l’environnement d’autant plus que les différentes crises alimentaires  historiques rappellent l’importance de systèmes agricoles robustes et locaux.


Quelles cultures seront possibles ou impossibles en France demain ? Comment accompagner les agriculteurs ? Quels outils et quelles politiques pour faciliter leur transition, sans les laisser seuls face aux défis climatiques ? Comment produire les bases d’une alimentation saine, durable, accessible à  tous et économiquement viable pour les agriculteurs ? Comment les méthodes agroécologiques peuvent-elles réduire notre dépendance aux importations ?


Les intervenants


C’est avec l’aide de nos invités que nous avons tenté de répondre à toutes ces questions :


Marc Tardy : Agrométéorologue chez Météo France, pour aborder le changement climatique et les conséquences sur les cultures ;


Nicolas Metayer : Ingénieur chez Solagro, co-rédacteur du scénario Afterres20250, qui expliquera comment il accompagne les agriculteurs et agricultrices au quotidien dans leur transition ;


Laurent Paul : Producteur Céréalier “Au petit Grain Bio” qui nous racontera comment il a réussi sa mutation et quelles en ont été les difficultés mais surtout les bénéfices ;


Jennifer Sailly : Maraichère et gérante de Midi Cueillette, exploitation de maraîchage en plein champ.


Francis Pilot : Membre du Conseil d'Administration de Solidarité paysans, regroupement d'associations pour lutter contre l'exclusion en milieu rural, pour défendre et accompagner les familles, aider les agriculteurs et agricultrices à faire valoir leurs droits, préserver l'emploi et lutter contre la précarité.


Jean Michel Huppe : Chercheur en Ecologie Politique au CNRS, membre de l’ATECOPOL et co-auteur de « Greenbacklash : Qui veut la peau de l'écologie »(éditions Seuil) nous parlera de ce sujet sensible mais aussi d’initiatives de Caisses Alimentaires s’inspirant de la Sécurité Sociale Alimentaire.


Changement climatique : état des lieux et projections

Par Marc Tardy


La première partie présentée par Marc Tardy fait état des diagnostics et projections faites par Météo France concernant le changement climatique.

  • Les changements déjà constatés grâce à plusieurs variables permettant de quantifier ces changements : la variation des températures moyennes, les taux de précipitations à corréler à l'EVapo-Transpiration (EVT) et le nombre de vagues de chaleur et de froid. Alors que la surveillance du taux de précipitations en France ne nous permet pas de tirer un message clair, les autres variables illustrent bien le changement en cours. La température moyenne a augmenté (+ 2,2°C entre 1900 et 2024 en France) et elle augmente de plus en plus rapidement. Des vagues de chaleur de plus en plus fréquentes et intenses et des vagues de froid moins fréquentes et moins intenses. Plus d'EVT et des épisodes de sécheresse plus nombreux.

  • L'évolution continue et des projections relativement fiables ont été posées calculées. Pour la France, La Trajectoire de Réchauffement de Référence pour l’Adaptation au Changement Climatique (TRACC). Dans cette projection de la France à + 4°C (en 2100), l’année 2022, avec ses trois vagues de chaleur, sera une année fraiche et les vagues de chaleur seront dix fois plus nombreuses et plus intenses. En Occitanie, dans cette projection, nous aurons 18 jours et 42 nuits à des températures trop élevées pour notre santé. La ressource en eau, représentée par le bilan hydrique (précipitations – évapo-transpiration), sera insuffisante alors même que le besoin lié aux températures sera plus important. Il y aura 53 jours de sécheresse et les précipitations seront intenses, lessivant les sols, etc

  • Des adaptations seront nécessaires pour faire face à ces nouvelles conditions de vie :

    • De nouveaux risques sanitaires liés à la fatigue provoquée par la chaleur, liés à de nouvelles épidémies,

    • La fragilisation des infrastructures, avec le gonflement/retrait des argiles particulièrement présents en Occitanie,

    • Des inondations liées aux ruissellement du fait des quantités d’eaux tombant en trop grande quantité sur un laps de temps réduit,

    • Des feux de forêt

    • Des tensions sur les usages de l’eau (irrigation, lavage, boire ! …)

    • Etc…

Il y a effectivement des exemples dans l’histoire où les températures étaient aussi élevées que ce qui est projeté mais ce qui est le plus préoccupant est la variabilité dans les données évoquées plus haut, la variabilité, l’imprévisibilité, les fréquences, sur un laps de temps trop court pour permettre une adaptation efficace.

 

Le lien entre l'agriculture et le changement climatique

Par Nicolas Metayer

Les conséquences seront différentes selon les types de culture :

  • Céréales à paille et cultures d’été : des viroses, des jaunisses, des ravageurs (qui se seraient abstenus dans des conditions de température ou d’humidité différentes), des saisons moins bien définies qui causent la perte d’une grande partie ou de la totalité d’une récolte (un moins de juin pas assez chaud et trop pluvieux, un mois de septembre sec, des inondations de parcelle), des sécheresses, … De 1950 à 2000, les rendements étaient en augmentation constante alors que depuis 2000, au global, ces rendements stagnent, la productivité est limitée mais avec une forte variabilité selon les années et en fonction des régions. Les variétés qui sont cultivées sont limités par le changement climatique.

  • Herbivores : aujourd’hui, nous avons déjà des impacts visibles. Dès l’été, il faut piocher dans les stocks de fourrage prévus pour l’hiver, les agriculteurs doivent faire face à la dermatose, etc. Les ruminants mangent moins quand il fait chaud, il va falloir améliorer leur confort thermique pendant l’été. Les difficultés mentionnées plus haut sont valables pour le fourrage dont il faut alors prévoir un déficit. Les canicules obligeront à hydrater les animaux, la production laitière sera en baisse, le stress thermique les fragilisera (En France, de manière plus marquée qu’en Espagne par exemple car il y a l’humidité en plus des températures élevées).

  • Cultures pérennes (exemple de la vigne) : la modification des rythmes saisonniers posera aussi un problème. Par exemple, au printemps, le gel provoque la sortie des feuilles mais se poursuit et gèle les nouvelles feuilles. L’été, nous avons pu voir dernièrement les feuilles de vigne être littéralement brulées par le soleil d’été.

Tous les types de cultures sont impactés, sur tous les territoires.


L’agroécologie et les leviers AfTerres 2050


L’agriculture est le deuxième secteur à émettre le plus de carbone en France. Et de côté des consommateurs et consommatrices français.e.s, un quart des émissions carbones est lié à l’alimentation. C’est donc important de s’intéresser aux leviers permettant de réduire l’impact carbone de l’alimentation et de l’agriculture.


C’est dans ce contexte que Solagro promeut l’agroécologie et propose des mesures d’adaptation « sans regret » pour favoriser l’adaptabilité aux vulnérabilités de nos cultures face au changement climatique avec quatre axes : diversification, conservation des sols, extensification et bâtiments d’élevage. Pour les cultures végétales, par exemple, il faudrait diversifier les cultures et allonger les rotations, faire avec les migrations de cultures, ne plus cibler des objectifs de rendement. Pour les élevages d’herbivores, il faudrait répartir les cheptels, diversifier les ressources fourragères, …


En conclusion, il faudrait maximiser les effets bénéfiques des sols et de la biodiversité, diversifier la production, produire moins et autrement, diversifier les revenus, …


LIEN vers AFTERRES2050


Retours d'expérience d'agricultrices et agriculteurs


La conversion de l’agriculture conventionnelle à l’agriculture biologique prend 3 ans. La première année, la culture est faite selon les standards de l’agriculture biologique mais en raison des résidus de pesticides dans les sols, la vente se faire sans le label bio. La deuxième année est intermédiaire et la récolte de la troisième année peut se vendre en bio, après certification. Ces trois ans sont nécessaires pour éliminer les derniers résidus de pesticides mais sont loin d’être suffisants pour retrouver un sol vivant et de qualité pour les cultures. Pour retrouver un sol vivant et donc fertile, il faut mettre en place une rotation des cultures, utiliser du fumier, …


La certification est payante (environ 800 euros par an pour 130 hectares de céréales) et est financées par la ferme. Le coût n’est donc pas forcément ce qui pose problème mais plutôt l’idée de devoir payer (la certification) alors que ce sont les agriculteurs et agricultrices en agriculture bio qui fournissent de la nourriture de meilleure qualité (en respectant mieux l’environnement).


Dernier détail intéressant concernant l’agriculture biologique, la proximité de cultures conventionnelles n’impacte pas la qualité des cultures biologiques. Dans les règles, il faut au moins un fossé pour séparer les cultures et au mieux, une haie. En effet, les pesticides tombent très vite au sol et ne passent pas d’un champ à l’autre. (Pas valable en cas d’épandage par les sprays en hauteur !)

  • Témoignage de Laurent, du Petit Grain Bio


Laurent gère, avec son épouse, 130 hectares d’une exploitation céréalière dans le Lauragais, sur les coteaux argileux. Jusqu’en 2009, la ferme est en agriculture conventionnelle et produit du blé dur et du tournesol. En 2010, la conversion en Bio est lancée. Cette décision a été prise en raison de la toxicité des intrants (prônés par la formation initiale en agriculture), mais aussi pour des raisons sociales. Les parcelles de la ferme étant à proximité du village. Enfin, les aides de l’état sont accordées différemment en agriculture conventionnelle et en agriculture biologique et faire des choix bénéfiques pour l’environnement est mieux « rémunéré » en bio qu’en conventionnel.


Cette conversion implique un certain nombre de changements : le ferme passe de deux cultures à 8 à 10 cultures. Toujours sans irrigation et nouvellement sans intrant, le but du jeu est d’adapter le choix des cultures au besoin de renouvellement/maintien des sols, aux aléas et évolutions climatiques de la région mais aussi aux débouchés locaux. Pour aller plus loin et se garantir des revenus suffisant, la ferme étend aussi son savoir-faire au renouvellement de ses semences, à la transformation et à la commercialisation. La vente se fait principalement en direct auprès de 80 à 100 clients différents. Le système est beaucoup plus économe et plus vertueux.


LIEN vers Le PETIT GRAIN BIO


  • Témoignage de Jennifer Sailly, de Midi Cueillette


La conversion de cette ferme maraichère, faisant travailler les deux agricultrice et agriculteur ainsi 2 à 3 salariés sur 8 mois, s’est faite parce que l’agriculteur avait physiquement du mal à supporter les insecticides. Dans un premier temps, en gardant les désherbants chimiques pour se débarrasser des adventices qui portent préjudices au rendement. Ensuite, au terme de gros efforts d’adaptation dont la mise en place du désherbage manuel, la ferme a pu passer la certification bio. Chaque année, les aléas climatiques poussent à faire des adaptations dans le choix des variétés mais l’évolution du climat encore océanique n’est pas clairement définie. Et cette nécessité de réfléchir à comment faire est quotidienne. La chance de cette ferme est la grande diversité de ses cultures, vendue en circuit court.



  • Témoignage de Francis, représentant de Solidarité Paysan


Francis est né dans une famille paysanne. Il a connu la traite à la main, le tracteur démarrant à la manivelle. Francis, aujourd’hui, via Solidarité Paysan, accompagne les agricultrices et agriculteurs en difficulté. Et l’association pousse les agriculteurs et agricultrices vers d’autres fonctionnements. Francis a commencé à travailler en conventionnel et l’obstacle le plus difficile, d’après lui, pour passer en bio est d’admettre qu’on s’est fait blouser. Et que ça continue : la méthanisation, le photovoltaïque, et autres solutions proposées aux agricultrices et agriculteurs pour améliorer leur situation ne sont que des pansements sur une jambe de bois. L’agriculture doit avoir pour objectif de conserver les sols et de nourrir la population. Aujourd’hui, en France, nous ne pouvons produire que 80% de ce dont la population a besoin. Déjà 20% sont importés et manquent pour pouvoir se considérer comme autonomes dans notre alimentation.


Passer en bio est une chose, passer la certification en est un autre. Le meilleur contrôleur de la qualité d’un produit reste le consommateur ou la consommatrice. En tant que tel.le, il ne faut pas hésiter à poser des questions ou à visiter les fermes.


Un résumé de cette étude par le Centres d’Initiatives pour Valoriser l’Agriculture et le Milieu rural

 

CaissAlim, solutions locales contre le greenbacklash ?

Par Jean-Michel Hupé

 

Les limites planétaires sont au nombres de neuf et représentent donc 9 points de non-retour, des points de bascule vers un monde inconnu qui semble difficile à vivre pour l’espèce humaine. Parmi ces limites, on trouve par exemple l’acidification des océans, la qualité des sols, la biodiversité. 7 de ces limites ont été franchies. Et pour 6 de ces limites, on compte une responsabilité importante de l’agro-industrie.

 

Beaucoup d’actualités relatent des scandales sanitaires, notamment dans Reporterre, Mediapart ou encore l’équipe Planète du Monde :

  • Une ferme chinoise ressemblant à un énorme parking permet l’élevage de 800000 cochons;

  • Le changement d’affectation des terres est l’un des facteurs important pour l'apparition des maladies émergentes;

  • Les pesticides font partie des facteurs impliqués dans l’épidémie de cancers;

  • Il y a 23% de problèmes de santé en moins chez les gens qui mangent bio;

  • Global Water Bankrupcy : le nombre de conflits liés à l’eau augmente or l’agriculture représente 70% de l’eau prélevée dans le monde.


Malgré toutes ces nouvelles, de plus en plus fréquentes, malgré le peu de climatosceptiques (en France), tout le monde n’a pas envie qu’on fasse les changements nécessaires pour améliorer la situation. Dernièrement, nous avons assisté à d’importants reculs écologiques comme le rétropédalage législatifs de la France et de l’Union Européenne, le dénigrement des questions écologiques, la répression des mouvements écologiques qui sont assimilés à du terrorisme. Il s’agit du greenbacklash.


Un exemple parlant est la communication des policier.e.s intervenu.e.s à Sainte-Soline qui ont parlé de guerre civile. Ça implique une guerre contre les écologistes, une guerre contre son peuple.


Un autre exemple est la création du label Haute Valeur Environnementale qui concurrence le label AB mais lui met aussi des bâtons dans les roues puisque pour éviter de lui faire de l’ombre, l’état interdit aux produits certifiés AB de mentionner qu’ils sont produits sans pesticide.


Comment se positionner dans ce contexte conflictuel ? Contre-offensive ? Guerre ? Vengeance réactionnaire ? Comment se faire entendre ou comment amorcer notre adaptation sans aide de nos dirigeant.e.s ?

 

A notre niveau, nous avons des solutions :

  • Manger moins de viande

    • Meilleur pour la santé : 1 fois par semaine suffit/est la limite pour garder un bon équilibre alimentaire;

    • Alimentation moins impactante (l'INRAE publie dans ce sens);

    • A grande échelle, à moyen terme, implique moins d’élevage, donc moins besoin de fourrage pour l’élevage et donc réaffectation des sols à l’alimentation humaine.

  • Sécurité sociale alimentaire (CaissAlim)

    • A l'origine, c'était une branche de la sécurité sociale que nous connaissons;

    • Les piliers de la sécurité alimentaire sont l’universalité, la démocratie (via le conventionnement), la cotisation en fonction des revenus;

    • Ces initiatives commencent localement, prennent de l’ampleur, se regroupent et finiront par peser au niveau national;

    • Via le conventionnement des commerces, aide à mieux rémunérer les paysans.

  • Boycotter les produits « non conformes » à nos idéaux (ceux qui seront importés grâce à l'accord MERCOSUR par exemple)



Un autre évènement de l'Atelier d'Ecologie Politique :

Les journées sur les mobilités, au conseil départemental de Haute-Garonne


Un autre évènement sur l agroécologie :

Le projet TAPSA de Terres Solidaires présenté à Lectour le 8 mai





 
 
 

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